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Face à l’échec

Je l’ai dit et répété à tellement de reprises: Instagram n’est qu’un royaume de l’image ou l’on tente maladroitement de vous faire miroiter la perfection.
Ou l’on ne vous montre que le rose, le culcul, le beau, les paillettes et les licornes du business.
On vous fait parfois culpabiliser 
malgré nous par la pseudo perfection de nos photos, de nos post.

On vous prend pour des cons.
Je suis contre cela. La vie n’est pas parfaite, nos business non plus et nous encore moins. Alors à titre perso, je vous parle également de ce qui fait tâche, de ce dont je ne suis pas fière, de ce qui ne vend pas du rêve: l’échec. Après tout, c’est la vraie vie, et cela vous fait relativiser vos propres échecs aussi.

Cela vous fait prendre conscience que nous seulement non vous n’êtes pas les seul*e*s à avoir une vie imparfaite, mais également que non dans un business tout n’est pas reluisant. Me concernant ?Je vous ai parlé il y a peu du projet sur lequel je travaillais depuis un moment: l’ouverture d’une savonnerie artisanale éco et éthico-sourcée, fidèle à mes convictions. Je touchais à la fin: en Septembre je devais faire une formation réglementation à l’UESS de Forcalquier ( université réputée sur le plan Européen) afin de m’assurer d’être entièrement dans les clous et commencer dans de bonnes conditions la rédaction de mon BPF. (Manuel des Bonnes Pratiques de Fabrication, rédigé en répondant point par point à la norme ISO). Suite à cela, je faisais valider mes DIP (Dossier Information produit, par lequel chaque formule de chaque savon est validé par un évaluateur de la sécurité avant mise sur le marché) par mon toxicologue, et roule ma poule, j’ouvrais ma savonnerie.

Il n’en sera rien.
En cosmétique, la norme ISO est très stricte (et cela est bien normale puisque nous parlons de produits à appliquer sur nos peaux) . En gros, elle régit toutes les étapes de fabrications et donne des directives concernant le laboratoire. Cela passe de la conception du labo, à la réception des matières premières, en passant par le stockage, la production, l’étiquetage, l’impératif d’avoir des ustensiles qui soient tous conformes aux normes d’usage alimentaire, bref le motus operandi de A à Z en passant par les moindres recoins.

Mon problème ici? De taille.
Si je veux être conforme à la norme, je dois faire changer le faux plafond pour le remplacer par une matière neutralisable, lessivable, désinfectable. La chose est pratiquement impossible car au dessus du faux plafond il y a une tuyauterie pourrie qui ne peut pas rester apparente et qu’il faudrait changer. Compte tenu de son état, cela ne serait pas BPF ( “Être BPF” = être conforme à l’ISO).
Si je veux être aux normes, je dois faire changer deux immenses fenêtres vielles d’un siècle, à faire faire sur-mesure, car les miennes ne sont pas hermétiques: elles laissent passer de l’air et forcement des insectes, de la poussière ambiante, jugés source de contamination des produits cosmétiques.
Si je veux être BPF, je dois boucher TOUTES les entrées potentielles d’insectes. La tâche est impossible car (entre autres trucs pénibles) la réserve de mon atelier héberge également le tableau de télécommunication de tout les ateliers, de gros câbles passent par un trou un peu gros auquel on ne peut pas faire grand chose.
Si je veux être BPF, je dois entièrement coffrer mon séchoir à laine avec une matière neutralisable lessivable, désinfectable (exit le bois, donc). Là encore, impossible. J’ai une hauteur sous plafond plutôt haute et vu la configuration de mon atelier, il s’agirait de créer une pièce dans la pièce, qui me boufferait une place pas possible, et la propriétaire serait plutôt contre je crois.

Je savais que cela serait compliqué d’héberger ces deux activités au sein du même local: j’avais prévu une journée complète de rotation pour passer du mode atelier teinture au mode laboratoire, puis du mode laboratoire au mode atelier de teinture. A mes yeux pourtant, cela n’était pas insurmontable. J’étais loin du compte.

Ayant des questions concernant la mise aux normes, j’ai discuté de cela avec des professionnels déjà savonniers, dont des gens qui s’occupent également de la validation des BPF et je me suis prise une claque de taille lorsque l’on m’a expliqué tout cela.L’une d’entre elle m’a d’ailleurs dit texto ” change de laboratoire“. Le plafond et les fenêtres sont tellement hauts qu’il me semblait que cela ne serait pas un problème, grossière erreur de jugement.

 

Depuis la crise du Covid, je peine déjà à assumer le loyer de mon atelier actuel, vous imaginez donc sans mal qu’il est hors de mes possibilités de prendre en sus un second local: cela ne ferait que me couler financièrement.
Concernant les travaux et pour vous donner un ordre d’idée si je voulais me mettre aux normes dans mon local actuel, il faudrait envisager 25K€ de travaux au bas mot, pour un local dont je ne suis que locataire. Je ne vous fait pas dessin. 

J’ai beaucoup pleuré ce jour là. Parce que j’ai investi beaucoup d’argent (Formations, moules PEHD, découpeurs, échelles pâtissières en inox, frigo, fûts PEHD etc etc….), mais également beaucoup d’énergie et d’enthousiasme. Parce que c’est difficile de perdre un joli projet et d’accepter qu’il faille lâcher prise. Au delà de ça, je perds également une somme considérable qui devait pourtant être amortie rapidement. Comme vous le savez un objet neuf revendu sur le marché de l’occasion perd entre 30 et 50% de sa valeur initiale. (A noter qu’aujourd’hui je n’ai pas réussi à revendre l’intégralité de mes achats, et que le matériel étant du matos professionnel, il ne se revend pas chez les particuliers.)
Tout cela pour un projet qui me tenais beaucoup à cœur mais qui ne verra pas le jour, tout du moins pas avant quelques années.
Pas avant que mon entreprise de teinture de laine ne sorte la tête de l’eau après cette crise sanitaire. Pas avant que j’ai suffisamment de fonds pour assumer la location d’un second lieux.
Rien n’est définitif. Comme le dirait Soichiro Honda “A mon avis, le succès ne peut être atteint qu’après une succession d’échecs et d’introspections“. Allons y gaiement !

Je regarde également les choses telles qu’elles sont, en dépit du fait que cela ne me fasse pas plaisir: comme beaucoup de personnes qui se lancent dans ce secteur, j’ai mis la charrue avant les bœufs en ne faisant pas la formation réglementation en tout premier lieux. Cela aurait d’entré de jeux placé le décors. Je me suis plantée, je suis allée trop vite, je ramasse les pots cassés, et oui, c’est une belle merde pour ma part.
J’aurai pu juste laisser couler, avaler ma Valda dans mon coin, ne rien vous dire à ce sujet. Cependant comme je le disais plus haut il me semble important de partager ce type de déconvenues: vous n’êtes pas seul*e*s à vous ramasser et à avoir une vie loin des standards de perfection d’Instagram. Je ne suis pas fière, croyez moi, et j’aurai préféré de très loin vous poster une belle photo, rouler les mécaniques, pouvoir vous dire que j’ouvrais enfin ma seconde entreprise. Cela aurait été tellement plus flatteur, n’est ce pas? Mais les erreurs arrivent, les échecs également. Aussi désagréable cela puisse t’il être, cela arrive à tout le monde de se prendre un mur, c’est la vraie vie hors écran qui merdoie quoi… Au final cependant, je me dis qu’échouer n’est que la possibilité de recommencer de manière plus intelligente. J’apprends quelque chose de cette situation: prendre mon temps, me faire conseiller, assurer mes arrières un peu mieux, et surtout: je n’abandonne pas! Je vois simplement cela comme un projet sur un terme hmm… beaucoup plus long que prévu! ( A noter qu’il n’est pas impossible que je puisse sortir malgré tout le savon liquide pour la  laine, car il ne rentre pas dans la même catégorie, et ne réponds pas à la même norme).

"Le succès c’est être capable d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme."
Winston Churchill
" Je ne perds jamais: soit je gagne, soit j'apprends. "
Nelson Mandela

Alors au final je fais comme d’habitude: je prends la chose avec autant de philosophie qu’il m’est possible de le faire (après avoir pesté dans mon coin ahah). C’est un coup dur pour moi moralement et financièrement, mais objectivement il n’y a rien de grave en soit: ma famille va bien et j’ai la chance d’avoir ma première entreprise (la teinture de laine). Accuser le coup aurait été – je pense – bien plus dur que cela ne l’est déjà si je m’étais retrouvée le bec dans l’eau, sans plus rien d’autres que mes yeux pour pleurer. Oui depuis le Covid la situation pour ma boîte actuelle est très compliquée. Néanmoins, je ne me retrouve pas les mains complètement vides puisque j’ai Big Bad Yarn et ça c’est déjà super !!

Pour conclure, je dirai qu’en réalité, cette expérience n’est pas un échec en tant que tel, mais une leçon, un pas vers la réussite. Je ne perds ni mon optimisme, ni mon enthousiasme et vais donc faire ce que je sais faire de mieux: relever la tête, relever les manches, et repartir pour un tour !

Je vous souhaite une bonne journée, ainsi que beaucoup de courage pour cette rentrée à celles*eux qui ont des enfants, une douce pensée à celles*eux dont les petits ne peuvent aller à l’école en raison de handicaps, ainsi qu’aux personnes qui aimeraient être parents mais qui pour une raison ou une autre ne peuvent l’être, ou ne le sont plus.

A très vite, 

Imogène

16 réflexions sur “Face à l’échec”

  1. Merci pour cet article. Dommage que tu te sois trompée mais j’espère que ce n’est que partie remise. Bravo pour ton état d’esprit. Je t’admire beaucoup pour ça

  2. Quel beau témoignage,quel courage ! À 53 ans,alors que j’étais famille d’accueil j’ai ouvert une librairie salon de thé avec ma sœur et au delà des obstacles et plus tard des difficultés rencontrées ce fut une belle expérience …j’ai 68 ans je n’ai donc plus l’âge des projets professionnels mais j’en fais toujours ( ne serait ce que des projets tricots ! )et je suis sûre que le vôtre se réalisera un jour ! Courage et que tout aille bien .Monique.

  3. Merci beaucoup pour ce billet plein d’introspection et de vulnérabilité. Effectivement, cela fait du bien de lire les aventures et les obstacles que tu as dû traverser, avec sincérité. La fabrication de cosmétiques ne pardonne pas, je le savais déjà, mais de là à imaginer que ce soit aussi restrictif quand on se penche sur les détails… courage à toi ! Tu vas rebondir 🙂 et si la lessive à laine liquide pointe un jour son nez, on sera là ^^

  4. Cette article me fait mal au cœur pour toi qui a mis tout ton cœur à ce nouveau projet .. je comprend ta déception et je ne sais que te dire ..
    certes c’est un échec et déjà le partager c’est être forte car comme tu le dis la vie n’est pas toute rose ..
    courage à toi je sais que tu fourmilles d’idées pour avancer alors je suis certaine qu’une petite étoile brille pour toi .. pleins de bisous

    1. Oh non, il ne faut pas avoir mal au cœur: c’est le jeu ma pauv’ Lucette! Là tout de suite, ce n’est pas simple à digérer, mais j’ai d’autres projets malgré tout, et puis encore une fois: j’ai toujours Big Bad Yarn à faire avancer également!

  5. Oh crotte! Désolée pour toi! Une location d’un autre laboratoire, aux normes, en remplacement de l’actuel n’est-elle pas envisageable?
    Merci à toi de montrer l’envers du décor avec sincérité, c’est rare. Prends le temps de bien rebondir 😉

    1. Bonjour Tiphaine,
      Non: comme je l’ai expliqué dans l’article il m’est pour l’heure complètement impossible d’assumer la location d’un second local, sachant qu’avec le Covid la location du premier m’est déjà difficile-…

  6. Ho rage, Ho désespoir ! Comme je te comprends.Tu es ,une super battante, j’ai moi même perdu le fruit de mon travail de toute une vie, 15 ans après j’ai toujours la rage face à la bêtise humaine. C’est le tricot que je connaissais peu et ton magnifique travail de teinturiere qui mon aidée, quoi que tu fasse je t’apporterai mon soutien, bien amicalemen.

  7. De lien en lien, j’atterris ici. Le titre du post étant accrocheur, je m’y attarde. La lecture me laisse cependant perplexe. Oui IG vend du beau, joli…et oui derrière cela il y a des échecs. Mais l’échec n’est il pas parfois un business? En agissant sur la culpabilité de chacun….Sans doute un prochain article, ou pas. En tout cas dommage pour ton montage de nouvelle activité et la découverte des de l’importance de construire un projet sur dossier avant tout investissement matériel important.

    1. Une business de l’échec? Oui il existe un réel business de l’échec, et cela concerne particulièrement les personnes qui vendent du “coaching” en ceci ou cela. Je vois fleurir sur les réseaux beaucoup de “coachs” pourtant dénués de formation, qui se rincent sur la misère, les blocages et les échecs d’autrui.
      (Si l’on va part là, les psychologues fondent également leur business sur l’échec.)
      Du reste, “vendre” de l’échec sur les réseaux? Cela me semble fort incongru. Qu’il y a t’il de gratifiant à “se casser la gueule”? A titre perso – et comme le commun des mortels je pense- je trouve que parler de ses réussites est bien plus gratifiant, plus agréable, nous met plus en valeur et fait envie à notre communauté. Toutefois, l’échec faisant également partie de la réussite, il n’y a absolument aucune honte non seulement à se ramasser mais qui plus est à en parler en toute transparence. Pourquoi? D’une comme je viens de le mentionner parce que ce n’est pas une honte, de deux parce que le miroir aux alouettes au final ne trompe personne d’autre que celui qui l’utilise, et de trois parce que “Mr et Mme tout le monde” sur les réseaux, vivent parfois bien mal cette pseudo perfection à laquelle ils sont exposés sur tout type de compte, pseudo perfection qui ne ressemble en rien “à leur vraie vie à eux”, imparfaite et bien réelle. Parler des échecs rencontrés, c’est aussi dire à ses abonnés ” tu vois, je suis comme toi. Ni plus, ni moins, ni mieux, ni pire”.

      Pour conclure, “agir sur la culpabilité de chacun”, me laisse dubitative. La culpabilité de quoi donc? A priori personne n’est responsable de l’échec de quelqu’un. De ce fait, il n’y a aucune culpabilité à avoir non.
      Dans mon cas précis: JE n’ai pas pris les précautions suffisantes. JE me suis cassée la gueule. Personne n’a a culpabiliser de cela et je ne responsabilise ici personne d’autre que moi même.

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